Différencier par les TIC peut se faire de différentes manières. Stéphane Côté, personne-ressource du Service local du RÉCIT de la commission scolaire Marguerite Bourgeoys, croit à la valeur ajoutée des TIC à l’enseignement et à l’apprentissage. Bien plus, il a expérimenté plusieurs façons de les utiliser de façon pédagogique à travers des projets motivants, autant pour l’enseignant que l’élève. Une façon bien intéressante de différencier.
Par Louise Sarrasin
Alors que Stéphane Côté était enseignant, il a proposé à ses élèves plus d’une trentaine de projets en lien avec les TIC, tous plus originaux les uns que les autres. En 2006, il a remporté le prix du Premier ministre pour l’excellence dans l’enseignement et le prix Chapo de l’AQUOPS. Au forum et dans les formations qu’il donne, il est bien placé pour parler de projets réalisés à l’aide des TIC, motivants pour l’élève.
Du temps où il était enseignant, une chose importante pour Stéphane Côté, était d’enseigner l’inspiration. Comment ? En parlant à ces élèves de tous ceux qui ont fait l’histoire et qui étaient pour lui, sources d’inspiration. En leur racontant comment ces gens, du temps où ils étaient encore un enfant ou un inconnu, avaient été jugés parfois sévèrement par leurs contemporains. Pourtant, ces gens étaient appelés à vivre de grands destins. Des exemples parmi ceux qu’il aime citer :
- Socrate : accusé de « corruption de la jeunesse ».
- Beethoven : « nul comme compositeur ».
- Darwin : « rien ne l’intéresse sauf faire la chasse, attraper des rats et des chiens. »
- Einstein : a parlé à 4 ans, appris à lire à 7 ans. « Lent, asocial, toujours absorbé dans de ridicules rêveries ».
Enseigner l’inspiration, mais aussi enseigner par la motivation. Stéphane Côté croit à cela profondément. C’est pourquoi, lorsqu’il donne une formation aux enseignants dans les écoles, il met d’abord l’accent sur la pédagogie avant de parler d’intégration des TIC. Il leur propose des projets axés sur la motivation, des projets qu’il nomme des « solutions pédagogiques ». Pour que les enseignants puissent se concentrer sur l’aspect pédagogique, il leur fournit toute la structure nécessaire à la mise en œuvre du projet aux niveaux de la gestion de la classe et de la gestion informatique.
Stéphane Côté les rassure aussi sur le fait qu’ils n’ont pas à maîtriser une technologie de fond en comble avant de se lancer dans un projet, mais plutôt à en connaître les bases. « Les élèves sont des natifs des technologies, insiste Stéphane Côté. Ils savent rapidement comment les utiliser, mais ils ont besoin de l’enseignant pour savoir ce qu’ils vont faire avec leur production. L’enseignant reste toujours le spécialiste du contenu du projet. Les points forts de ce genre de formation sont de proposer un projet de style clé en main où le professeur peut rajouter des étapes s’il le veut et de mettre l’accent sur la motivation plutôt que sur les TIC ». Grâce à cette approche, il observe que certains enseignants qui n’ont pas les connaissances de base en technologie osent se lancer dans des projets intégrant les TIC. Par la suite, ils sont plus à l’aise pour les proposer à leurs élèves, car ils craignent moins de perdre le contrôle de leur classe.
Des projets à vivre au rythme de chacun
Comment fonctionner en classe avec des élèves aux parcours différents et faire en sorte que chacun puisse développer son plein potentiel ? Comment répondre de manière adéquate aux besoins de tous, surtout s’ils présentent un trouble d’apprentissage ? Faut-il trouver autant de façons d’enseigner que nous avons d’élèves ? Pour Stéphane Côté, certainement pas. Lorsqu’il propose des étapes bien découpées dans un projet, c’est surtout pour permettre à chacun d’aller à son rythme et de mettre à profit ses compétences pour en faire bénéficier d’autres. « Étant donné que le projet est bien catégorisé et que les élèves ont des étapes à franchir avant de le mettre en oeuvre, ils n’arrivent pas tous à l’ordinateur avec les mêmes demandes. Ceux qui progressent plus vite peuvent devenir des spécialistes pour les autres. Cela permet une autre forme de différenciation qui favorise aussi la vérification des acquis », explique-t-il.
Des projets motivants et libérateurs pour l’enseignant
Dans le tableau ci-dessous, nous avons résumé trois projets que Stéphane Côté propose aux enseignants en donnant des exemples de documents qu’il leur fournit :
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Projet et description
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Exemples de documents fournis pour le projet
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Photo RÉCIT :
Production d’un récit à l’aide d’un logiciel qui permet de créer des diaporamas présentant des photos numériques ou des images numérisées. Le récit prend vie grâce à l’ajout des commentaires écrits ou audios et de musique que les élèves ajoutent sous ces photos ou images.
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Pour l’élève : deux livrets à remplir avant la production de son photo récit à l’ordinateur :
- L’origine d’un récit (titre et résumé).
- La naissance d’un récit (titre et phases du récit).
Pour l’enseignant :
— Présentation des compétences disciplinaires pouvant être développées.
— Guide TIC pour l’enseignant
(bases techniques pour l’utilisation du logiciel, procédure pour déposer des images dans un dossier, etc.).
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Radio Web :
Production de capsules audios, que ce soit dans le cadre d’une émission de radio ou d’un autre contexte à l’aide du logiciel Audacity. Par exemple, des élèves peuvent réaliser une capsule en univers social pour présenter le mode de vie des Amérindiens.
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Pour l’élève : livrets à remplir avant la production de son balado.
Pour l’enseignant : guide TIC
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Projet journalistique :
Mise sur pied de compagnies d’édition qui ont à produire chacune un magazine spécialisé en fonction du champ d’intérêt des élèves qui font partie.
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Pour l’élève : hiérarchie proposée pour définir les rôles de chacun au sein du comité journal : chef de pupitre, journalistes, photographe, etc.
Pour l’enseignant : guide TIC pour l’enseignant
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D’autres éléments déterminants dans la réussite des élèves
Au fil des ans, Stéphane Côté a constaté qu’il est possible pour l’enseignante ou l’enseignant d’accroître la réussite de ses élèves s’il porte attention à différents éléments. Nous avons retenu les suivants :
Favoriser l’engagement : en s’appuyant sur la motivation que fait naître le projet chez l’élève pour que celui-ci puisse s’engager plus à fond à l’égard des exigences de ce projet. De cette manière, l’élève aura plus à cœur de rédiger la production écrite s’il sait que cette rédaction est une des tâches exigées avant qu’il passe à l’étape finale : réaliser le photo récit ou le balado à l’ordinateur.
Énoncer des attentes claires : en les détaillant, puis en les faisant connaître aux élèves. Par exemple, si on désire que les élèves écrivent un résumé de leur balado avant de la mettre en ondes, on les informe de ce que l’on attend de ce résumé. L’élève sait qu’il ne pourra passer à l’étape suivante s’il ne répond pas aux exigences de la tâche.
Permettre à l’élève de garder le contrôle de son projet : en informant l’élève des différentes étapes du projet, on lui permet de traverser les étapes à son rythme, ce qui accroît le sentiment de maîtrise qu’il a sur son projet.
Responsabiliser les élèves : en leur donnant différentes responsabilités à exercer dans le cadre du projet. Par exemple, dans le projet journalistique, toutes les tâches sont hiérarchisées et bien définies. Ainsi, c’est le comité du journal qui appose le sceau de qualité aux articles en fonction de critères prédéterminés et connus de tous.
Différencier : en mettant en œuvre des projets, tels que ceux de la Radio Web, du Photo récit ou djournal, qui encouragent la différenciation. Cette façon de faire de la différenciation permet à l’enseignant d’adopter un fonctionnement différent. Entre autres, il encourage la collaboration. Si par exemple, un élève a besoin de se faire lire un texte durant une étape de réalisation, il pourra s’adresser à son coéquipier plutôt qu’à son enseignant. Celui qui maîtrise bien l’ordinateur deviendra une ressource pour les autres.
Réinvestir les savoir-faire : en donnant l’occasion à l’élève de travailler de nouveau avec la même technologie afin qu’il développe davantage sa créativité et sa compétence à utiliser le logiciel.
Voilà un petit tour d’horizon des possibilités de différenciation que les TIC nous offrent. Et vous, quel projet aimeriez-vous partager avec nous ou avec d’autres ?
Références
Article PhotoRecit de Danielle Beauséjour. Elle y offre plusieurs exemples de projets, un tutoriel et des liens sur le Photo Récit.
Evaluation du logiciel Photo Recit par le site Logiciels éducatifs
PowerPoint présenté par Stéphane Côté lors du forum.
Site Balado RÉCIT. Sur ce site, on trouve plusieurs documents forts pertinents pour réaliser un balado.